MANIFESTO
PRENDRE SOIN PAR L’ÉCOUTE
I
Nous vivons dans un monde saturé de mots, de messages, d’images, de sollicitations et de bruit.
Nous parlons sans cesse, mais la compréhension reste vaine. Le véritable problème n’est peut-être pas que nous parlons trop ou trop peu. C’est que nous sommes de moins en moins disponibles à l’écoute.
Le langage oral et le langage écrit restent essentiels, mais ils passent nécessairement par l’interprétation. Entre ce que l’un veut dire, ce que l’autre entend et ce qu’il comprend, le message se transforme, se fragmente, se déplace et se perd.
Nous ne manquons pas seulement de mots. Nous manquons de relation.
KaboomFarm est né de cette fracture.
Il repose sur une conviction simple : le son peut restaurer une qualité de présence, d’attention et de relation que les autres langages ne suffisent plus toujours à préserver.
Le son est vibration. Il traverse le corps, mobilise la mémoire, affecte la perception, modifie l’espace intérieur et réveille l’imaginaire.
Le son est une matière mathématique et humaine.
Il est fréquence, durée, intensité, intervalle, répétition, silence, mouvement.
Mais il est aussi émotion, mémoire, territoire, présence et transmission. Il est à la fois construit et vivant. Mesurable et insaisissable. Précis et profondément humain. Le son est code.
Nous apprenons une langue pour la comprendre. Mais nous recevons le son avant même de savoir le nommer. Il ouvre ainsi une communication plus immédiate, moins dépendante des catégories, des définitions et des appartenances.
Une communication d’esprit à esprit, de corps à corps, de présence à présence.
Écouter, c’est entrer en relation.
Avec soi-même.
Avec les autres.
Avec un lieu.
Avec un souvenir.
Avec le vivant.
Une oeuvre sonore ne raconte pas seulement l’histoire de celui qui l’a constr. Elle permet à celui qui écoute de retrouver la sienne.
Après avoir rencontré une création KaboomFarm, une personne devrait pouvoir reconnaître quelque chose qui lui appartient : une émotion, une mémoire, une histoire intérieure, une capacité d’attention ou une part de son imaginaire.
Le son peut déclencher.
Il peut remettre en mouvement.
Il peut réveiller des zones de perception, d’imagination ou de sensibilité que l’habitude avait laissées en sommeil.
Il peut améliorer la compréhension de soi, des autres et du monde, non pas en donnant des réponses, mais en rendant certaines perceptions de nouveau accessibles.
KaboomFarm ne cherche pas à changer les personnes.
KaboomFarm cherche à leur permettre de se retrouver.
La transformation ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre.
Elle consiste à se sentir davantage soi-même.
II
La musique ne se réduit pas au divertissement.
Le son est depuis toujours un outil de relation, d’orientation, de rassemblement, de transmission et de transformation.
KaboomFarm réactive ces fonctions essentielles.
Créer, ce n’est pas seulement exprimer quelque chose.
Créer, c’est mettre quelque chose en circulation dans le monde.
Toute œuvre produit un effet.
Elle attire ou disperse l’attention.
Elle apaise ou agresse.
Elle ouvre ou referme.
Elle accompagne ou envahit.
Elle laisse une trace.
L’artiste est responsable de ce que son travail rend possible chez les autres.
Créer, c’est prendre soin de ce que l’on ajoute au monde.
Le projet refuse l’idée que l’œuvre aurait pour fonction principale de faire admirer celui qui l’a produite.
Il refuse que la valeur d’une création se mesure seulement à la visibilité, aux chiffres, à la célébrité ou à la reconnaissance.
Il ne s’agit plus de demander :
« Est-ce que l’on va m’aimer pour ce que je fais ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que ce que je crée va produire chez celui qui le rencontre ? »
« Comment cette création va-t-elle accompagner le vivant ? »
Chez KaboomFarm, nous défendons une création utile.
Non pas utilitaire.
L’œuvre ne cherche pas uniquement à dire :
« Regardez-moi. »
Elle peut aussi dire :
« Écoutez-vous. »
« Écoutez ce qui vous entoure. »
« Habitez ce moment. »
« Retrouvez ce qui était encore vivant sous le bruit. »
Il est donc temps que les artistes s’occupent de votre quotidien. À nouveau.
Des artistes qui ne créent pas seulement pour être regardés, mais pour accompagner, nourrir, déplacer, rassurer, réveiller et transmettre.
Une manière de penser, de produire. Cultiver le son.
Une culture dans laquelle l’artiste ne se contente pas d’occuper l’espace, mais se demande comment en prendre soin.
Une culture dans laquelle la composition peut servir la vie quotidienne, les images, les lieux, les récits, les gestes, les rituels, les organisations et les communautés.
Le vocabulaire de KaboomFarm n’est pas un simple décor poétique.
Il exprime une éthique. Le cultivateur ne cultive pas pour que l’on admire le cultivateur.
Il cultive pour nourrir.
III
KaboomFarm est la quintessence d’une vie entière d’intuitions, de recherches, d’expériences, d’écoutes, d’erreurs, de tentatives et de questionnements.
Cette manière de penser s’est formée dès l’enfance.
Elle s’est développée au fil de la musique, de l’imagination, des expériences humaines et de l’observation du monde.
Elle est devenue instinctive.
KaboomFarm ne cherche pas l’originalité pour se distinguer.
Il cherche l’authenticité.
L’originalité dit :
« Regardez comme je suis différent. »
L’authenticité dit :
« Je ne peux plus faire autrement. »
Alors se pose la question : quelle responsabilité acceptons-nous lorsque nous intervenons dans l’écoute d’un autre être humain ? Quelle responsabilité au quotidien ?
Le quotidien n’est pas un espace secondaire. C’est l’endroit où la vie se déroule réellement.
Il est fait de réveils, d’attentes, de déplacements, de fatigue, de solitude, de travail, de repos, de concentration, de joie, de peur, de gestes répétés et de transitions presque invisibles.
C’est précisément dans ces moments que le son peut avoir un impact concret.
Prendre soin du quotidien, c’est considérer qu’un moment simple mérite lui aussi une attention artistique.
C’est penser qu’une personne n’a pas besoin d’entrer dans un musée ou une salle de concert pour rencontrer une création exigeante.
C’est permettre à l’art de revenir dans la vie, non pas comme décoration, mais comme présence active.
IV
KaboomFarm s’organise autour de quatre dimensions essentielles :
L’attention, parce que toute expérience commence par la manière dont nous dirigeons notre perception.
La présence, parce qu’écouter peut nous rendre plus disponibles à ce qui existe maintenant.
Le territoire, parce que tout son crée, révèle ou transforme un espace — intérieur, collectif, imaginaire ou réel.
La transmission, parce qu’une œuvre n’existe pleinement que lorsqu’elle entre en relation avec une autre existence.
Ces quatre dimensions permettent de penser le son au-delà des catégories habituelles.
Un son peut être une œuvre. Mais il peut aussi être un seuil.
Un refuge. Un repère. Un rituel. Un compagnon. Un paysage intérieur. Un outil de concentration. Une mémoire. Une respiration.
Une manière d’habiter un lieu ou un moment.
KaboomFarm explore ces usages sans réduire la création à une fonction.
Il cherche l’endroit où la beauté, l’utilité, l’imaginaire et le soin peuvent se rencontrer.
Nos imaginaires sont trop souvent nourris par la peur, la violence, la compétition, l’urgence et la catastrophe.
KaboomFarm défend la possibilité d’un autre imaginaire.
Un imaginaire qui ne nie pas la complexité du monde.
Un imaginaire qui ne fabrique pas une fausse douceur.
Mais un imaginaire qui refuse de considérer l’angoisse comme le seul moteur puissant de la création.
La joie, la sécurité, la curiosité, la beauté, la confiance, la tendresse et la plénitude sont également des forces artistiques.
Elles peuvent produire des œuvres profondes, radicales et contemporaines.
KaboomFarm cherche à participer à un imaginaire collectif qui ne nous méprise pas, ne nous manipule pas et ne nous épuise pas.
Un imaginaire collectif qui nous veut du bien.
L’impact naît parfois d’une rencontre juste. Presque invisible et pourtant durable.
V
Nous défendons une autre manière de penser le rôle du son et la responsabilité de l’artiste.
Nous défendons une tentative de relier création, quotidien, attention, soin, relation et vivant.
Nous défendons un espace où le son est considéré non pas comme une matière à consommer, mais comme une matière à cultiver.
Nous défendons une forme d’espoir.
Non pas l’espoir naïf que tout ira bien. Mais l’espoir actif qu’une autre manière d’habiter le monde reste possible.
L’espoir que l’art puisse encore produire un effet réel sur nos manières de vivre.
L’espoir que le son puisse nous rendre plus attentifs, plus présents, plus reliés et plus humains.
L’espoir que la création n’ait pas pour seule vocation de divertir, de vendre ou de distraire.
L’espoir qu’un artiste puisse encore choisir de nourrir plutôt que d’occuper.
L’espoir que le son puisse améliorer le monde, non pas seul, non pas miraculeusement, mais concrètement, relation après relation, écoute après écoute.
KaboomFarm s’engage à cultiver le son avec attention.
À ne pas ajouter du bruit par réflexe.
Penser la relation avant la visibilité.
Préférer la présence à l’agitation.
KaboomFarm s’engage à défendre une création exigeante, sensible, utile et vivante.
Ici, nous défendons l’idée de prendre soin de ce qui entre dans le quotidien des autres.